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mercredi, juillet 15 2009

Economie numérique : comment régler le problème

Latin_dictionary.jpgSuite à mon précédent billet sur la loi hadopi, et à ce que j'ai lu chez l'hérétique, je suis sorti de ma réserve volontaire à propos d'Hadopi. Je vous livre donc un billet un peu plus précis détaillant ma vision de l'évolution de l'économie numérique.

Dualité de la consommation de produits culturels

Premier constat : la vente classique de supports commerciaux de culture est dépassée. Que ce soient les livres, les cd, les dvd, tous ces supports sont voués à devenir des objets "de luxe", pas par leur prix, mais par la manière dont il seront consommés. Posséder un support d'une oeuvre est chez certaine personne, et sera de plus en plus, considéré comme un acte fort. On achète tel cd car on apprécie spécialement l'artiste, et on souhaite avoir autre chose que l'oeuvre elle même. Pour les films, on achète le dvd pour avoir les bonus, le livret explicatif qui accompagne le film, pour les oeuvres musicales, on va acheter le cd pour avoir les paroles sous la main à tout moment, pour profiter de l'image sur la pochette, pour les oeuvres littéraires, on achètera les livres pour pouvoir avoir le plaisir de les poser sur sa table de nuit, de les lire en s'endormant. Les supports sont donc utilisées principalement pour des oeuvres qui tendront à être conservées, et que l'acquéreur va considérer comme majeures.

Pour les oeuvres mineures (ce caractère étant laissé à l'appréciation de chacun), leur consommation est plutôt jetable : on regarde le film, on écoute la musique, on lit sur son écran, puis on archive dans un coin du disque dur ou on ferme le site internet, selon notre support de consommation.

Ce mode de consommation "jetable" est pour l'instant partagé entre les oeuvres téléchargées, et celles qui sont consommées sur des sites internet spécialisés. Ces deux modes de consommation peuvent être ou non légaux. Il existe des plates formes de téléchargement légales, la plus connue étant probablement itunes, et des plates formes illégales (que je ne connais pas, je ne peux citer qu'emule, mais je pense que depuis le temps ça doit être dépassé). Itunes est cependant, de part ses tarifs, plus proche du premier mode de consommation.

De même, il existe des sites ou logiciels de consultation en direct légaux, et d'autres non. Pour ce qui est légal, on peut citer deezer, spotify, ou pour les livres wikisource ou la bibliothèque européenne. Pour la version illégale, tous les sites de partage de vidéo, les sites étant tout à fait légaux, leur contenu est téléchargé par des usagers qui versent rarement des droits d'auteurs lorsque ce serait nécessaire.

En plus de cela, il existe le monde du libre, symbolisé par la fondation wikimédia et linux (ou plus précisément gnu) principalement, mais le libre n'étant pas l'objet de ce billet, je ne m'attarderais pas. Sachez seulement que le libre peut rapporter, et qu'il peut même rapporter gros.

Prendre en compte cette dualité

Une bonne politique de développement économique et culturel moderne doit donc prendre en compte ces modes de communication, et non aller à leur encontre. Je pense que le principal problème de l'esprit de la loi Hadopi est là, si on fait fi de tous ses problèmes juridiques. La loi Hadopi oppose téléchargement légal et téléchargement illégal. Or, le téléchargement illégal est plus souvent utilisé pour des oeuvres qui seront consommées, alors que le téléchargement légal est destiné à des oeuvres qui seront conservées.

Toute politique culturelle devra prendre en compte cette opposition entre deux modes d'utilisation d'oeuvres culturelles. Si le gouvernement souhaite supprimer le téléchargement légal, cette mesure devra s'accompagner d'une promotion de modes de consommation culturels, et non de modes de conservation. Ainsi, l'état devrait encourager les maisons de disques à mettre à disposition des internautes leurs oeuvres en consultation sur internet, que ce soit en se finançant par la publicité, en mettant en place des abonnements, ou en déléguant à des tiers (ceux qui ont été cités plus haut) la gestion de leur catalogue. L'état devrait encourager la création de systèmes permettant d'avoir accès gratuitement à la vidéo de la même manière, afin que chacun puisse avoir accès à des films, tout en respectant le droit d'auteur.

La longue traîne, ou comment rendre l'économie numérique rentable

Les maisons de disques ont tout à y gagner, car cela permet à un modèle économique nouveau de se mettre en place naturellement, ce modèle étant baptisé la longue traine. La longue traîne, phénomène selon lequel une part importante des ventes se déroulera sur de nombreuses oeuvres peu vendues, induit que les entreprises produisant de la culture (maisons de disques, éditeurs, studios de cinéma) peuvent acquérir une rentabilité sans avoir forcement des succès massifs (blockbusters, tubes, best-sellers), mais en ayant de gros catalogues d'oeuvres à petit succès.

Ainsi, les entreprises de vente de livre en ligne ont réussi à devenir rentables en proposant à leurs clients des livres qu'ils ne peuvent se procurer ailleurs, et dont souvent il n'auraient pas entendu parler. D'énormes quantité de livres sont vendus, mais certains livres ne sont vendus qu'à quelques exemplaires, la somme de toutes ces ventes apportant le plus gros du chiffre d'affaire.

Ainsi, en proposant de grandes quantités de musique/films, en utilisant la publicité de manière adaptée (pour rapporter sans faire fuir le client), et en proposant à chaque personne des oeuvres méconnues adaptées à son profil (des documentaires pour untel, des films anciens pour l'autre, etc), d'énormes revenus pourraient être générés, car on pourrait faire passer beaucoup plus de temps à l'internaute sur ces supports que devant la télévision ou la radio. Pour l'utilisateur, un accès à la culture gratuit serait ainsi assuré, ce qui satisferait tout le monde (moyennant des publicités bien entendu). Pour ceux qui sont allergiques à la pub, un abonnement mensuel permettrait de s'en passer.

Bien sûr, le consommateur devra accepter que, si on lui fournit un accès gratuit à la culture, celui-ci ne sera pas illimité. Il y aura des contraintes telles que l'obligation d'avoir une connexion internet, et d'être connecté pendant l'écoute ou le visionnage (ceci dit on peut envisager un logiciel qui téléchargerait l'oeuvre en local, et permettrait de la regarder pendant un certain temps, avant de l'effacer). On pourrait envisager également d'empêcher d'écouter/de visionner trop souvent la même chanson/le même film, et de proposer à l'internaute de l'acheter s'il l'apprécie vraiment, ce genre de détails étant laissé à l'appréciation de chacun.

L'avantage de ce système, c'est que des gens pourront découvrir, puis acquérir, des oeuvres dont ils n'auraient jamais eu vent avant. Ainsi, on provoquerait en plus une effervescence intellectuelle similaire à celle qui a suivis l'apparition de l'imprimerie, alors que les systèmes actuels (radio/cinéma/télévision) tendent à uniformiser les esprits.

Un tel système aurait un seul inconvénient, c'est que les personnes n'ayant pas accès à internet seraient victime d'une injustice dans leur accès à la culture, mais la fracture numérique étant un problème étudié par tout les politiques, cet inconvénient risque fort de ne plus exister bientôt.

Avec cela, plus aucune raison valable de télécharger de la musique illégalement. La seule raison serait de vouloir conserver les oeuvres sans aucune contrepartie. Or, si je défends l'idée selon laquelle tout le monde devrait avoir accès gratuitement à la majorité des oeuvres culturelles, je pense que leur conservation doit demeurer payante, dans le respect des droit d'auteurs.

Pour la chasse aux pirates, je pense qu'elle ne devrait être envisagée qu'après la mise en place de tels systèmes, dans une sorte de pacte entre l'état et l'utilisateur (en gros, l'utilisateur à un accès gratuit à la culture, et en échange, il respecte le droit d'auteur). Pour les aspects techniques de cette lutte anti-piratage, je n'ai pas trop d'idées mais je suis sûr qu'Hadopi est une mauvaise solution. Il sera trop facile pour les pirates d'y échapper, et d'utiliser les connexion ou adresses IP des autres pour qu'ils prennent à leur place. C'est pour cette raison que je préférerais une simple amende (d'un montant laissé à l'appréciation du législateur), et la mise en place au sein de la police et la gendarmerie de cellules spécialisées, pouvant mettre en place toutes les solutions technique d'enquête, tout en étant contrôlées par des êtres humains.

À propos de la licence globale, je n'aime pas ce système, cela me rappelle trop le communisme à mon goût, quelque chose de massif, qui ne laissera pas beaucoup de place aux artistes émergents, et sera centralisé, le système décrit ici étant bien plus libéral à mon avis.

Image :
Source : Latin dictionary
Auteur : Marcus Gossler
Licence : GFDL

vendredi, mai 2 2008

Logiciel Libre : Développement Durable pour l'Administration ?

En tant qu'Ingénieur Territorial et informaticien, la découverte de la notion de développement durable a frappé tous mes sens :
Lorsqu'un ami, responsable d'une association de formation sur les notions environnementales m'a présenté le concept, j'ai tout de suite été séduit. Ce n'est qu'un petit peu plus tard que j'ai fait le parallèle avec une notion de l'informatique qui m'intéresse particulièrement pour de nombreuses raisons : Le Logiciel Libre.

On peut en effet considérer que le logiciel libre est le « développement durable » (dans le sens développement logiciel) appliqué au NTICs (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication). Pour le concevoir, nous devons changer notre état d’esprit quant à notre façon de consommer les logiciels et d’appréhender l’informatique en général, exactement comme nous devons modifier notre façon de consommer et de nous déplacer pour être davantage en accord avec une exploitation sur le long terme de nos ressources :

Une philosophie alternative :

Les logiciels libres se basent sur des standards reconnus, et progressent au rythme des demandes des utilisateurs et du travail commun des différents contributeurs, avec pour seul objectif celui de satisfaire l’intérêt du plus grand nombre. Leur code reste « ouvert » (c'est à dire lisible et modifiable) afin de laisser à tous la possibilité d’y apporter les modifications dont ils peuvent avoir besoin (ce qui contribue en parallèle à une sécurité accrue, les défauts pouvant être détectés et corrigés par tous). Ces modifications, grâce à un système de licences spécifique, peuvent ensuite profiter à de nouveaux utilisateurs, qui auraient des besoins similaires aux précédents. Nous nous approchons donc ici de la notion d'économie circulaire qui commence à émerger dans le monde du développement durable : on produit en tenant compte du recyclage qui pourra être fait du produit fabriqué, en tenant compte de l'ensemble des acteurs.

On est donc ici à l'opposé des solutions propriétaires, qui n’ont comme seul but pour leurs fournisseurs que de s’assurer un maximum de revenus en enfermant leurs clients dans une (inter-)dépendance vis-à-vis de leurs produits et des produits "voisins".

Adaptée aux collectivités locales :

En récapitulant de la façon suivante les avantages de l’Open-source, impossible de ne pas faire le parallèle avec les besoins de l’administration et des collectivités territoriales, même si certains points sont rarement évoqués ouvertement : - Indépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique, qui plus est étranger (pas de publicité ici), - Choix homogènes en vue de favoriser la mutualisation, l’interopérabilité et donc le partage entre administrations (administration électronique), - Possibilité d’adapter le logiciel à des besoins spécifiques (les collectivités possèdent toutes une base commune et des spécificités propres) - Opportunité de développer un tissu économique autour de ce concept (émergence récente des « SS2L », Sociétés de Service en Logiciels Libres) - Recherche du meilleur rapport coût/performance (la solution économiquement la plus favorable (même si l’idée d’utiliser des logiciels libres va bien plus loin que la simple volonté d’économiser le prix d’achat des licences)).

Linux et les logiciels libres semblent ainsi taillés sur mesure pour l’administration : coûts de propriété nuls, solutions orientées multi-utilisateurs, homogénéité des plateformes mais développement spécifique toujours possible, stabilité, performance, sécurité, et pour finir coûts en formation rentabilisés puisque le fonctionnaire qui restera dans l’administration et pourra (ré)utiliser tôt ou tard la compétence acquise.

Réaliste et accessible :

Il suffirait simplement qu’une directive d'état vienne « conseiller » l’utilisation des logiciels libres pour que ces derniers prennent enfin toute leur dimension pour notre administration : ils cesseraient alors d’être de simples « initiatives locales » pour devenir le centre de véritables projets collaboratifs inter-collectivités au service d’une cause unique : la satisfaction des besoins des citoyens et de l’administration au meilleur coût.

Cela est déjà le cas au Japon et en Australie, où la loi impose l’utilisation des logiciels libres partout où cela est possible. Plus proche de chez nous, la Mairie de Paris, la Direction Générale des Impôts, l’Assemblée Nationale, et bientôt la Mairie de Marseille auront effectué des migrations majeures vers les logiciels libres, preuve définitive de l’intérêt et de la viabilité de ce genre d’initiative.


L’investissement dans le logiciel libre constitue donc bien un investissement basé sur le long terme, radicalement opposé à une société de consommation où l’on « dépense » au lieu d’investir et où l’on « jette » au lieu de recycler. Et c'est notre administration, décentralisée de par la Constitution, qui est la plus à même d'exploiter et de promouvoir les qualités d'un développement logiciel durable et partagé, dans l'intérêt de tous.