Depuis la fin de la colonisation, aucun véritable modèle de développement n'a été proposé aux pays les plus pauvres, celui ci se faisant de manière totalement anarchique, les états oscillant entre le clientélisme, le libéralisme et le protectionnisme, avec des chefs d'états corrompus qui détournent les aides, des ONG voulant à tout prix être les plus présentes sur le terrain pour avoir la meilleure visibilité médiatique, des populations méfiantes face aux ancien colonisateurs voulant devenir des sauveurs. L'exemple de l'arche de Zoé est aussi caractéristique sur ce que peut donner une mauvaise gestion de l'aide humanitaire.
Dans un dossier en particulier : l'ancienne Afrique Occidentale Française, la discussion avec des africains m'a appris que, plus que de la charité, ceux ci souhaitaient de nous la reconnaissance des services rendus à notre pays par les africains, et des aides rationnelles plus basées sur le partenariat. De plus, leur analyse des causes de leur sous développement est clair : c'est une mauvaise gestion de la part des dirigeants alliée à une mauvaise disponibilité des technologies et à un manque d'investissements profitables directement à la population. Cela n'est que l'avis de quelques personnes que j'ai rencontré, mais il m'a donné à réfléchir.
Pourtant, après la fin de la seconde guerre mondiale, Truman, dans le cadre de la lutte contre le communisme, disais : « il nous faut lancer un nouveau programme qui soit audacieux et qui mette les avantages de notre avance scientifique et de notre progrès industriel au service de l’amélioration et de la croissance des régions sous-développées. Plus de la moitié des gens de ce monde vivent dans des conditions voisines de la misère. Leur nourriture est insatisfaisante. Ils sont victimes de maladies. Leur vie économique est primitive et stationnaire. Leur pauvreté constitue un handicap et une menace, tant pour eux que pour les régions les plus prospères. Pour la première fois de l’histoire, l’humanité détient les connaissances techniques et pratiques susceptibles de soulager la souffrance de ces gens. »
Et cela fait plus d'un demi siècle que l'humanité est, techniquement, capable d'assurer des conditions acceptables à la totalité de la population mondiale. Pourtant, visiblement, ce grand programme audacieux à vite été abandonné.
Comme nous ne pouvons pas attendre grand chose des états dévelloppés pour l'instant, j'ai réfléchi depuis un certain temps à un modèle permettant aux citoyens des pays les plus favorisés de venir en aide aux pays les plus pauvres, sans pour autant « assumer toute la misère du monde ». Un moyen de rééquilibrer peu à peu l'économie mondiale.
L'exemple des microcrédits, développés, entre autres, par le professeur d'économie Muhammad Yunus, est un exemple remarquable de développement dans ces pays : des petites quantités d'argent sont fournies à des populations pauvres et insolvables, capables de fournir une activité, des artisans principalement. Ce type de crédit possède en général des taux élevés (10-20%, et ils sont rapidement remboursés. L'avantage du microcrédit est qu'il permet à des populations trop pauvres de se sortir des cercle vicieux dans lesquelles elles sont en général entraînées. La Grameen Bank, crée par le professeur Yunus et qui a partagé avec lui le prix Nobel de la paix, et PlaNet Finance crée par Jacques Attali, sont les principaux organismes de microcrédits.
L'inconvénient du microcrédit, c'est qu'il ne permet pas à des population qui manquent de formation, ou qui n'ont pas besoin de petits investissements pour améliorer leur production, de se sortir de leur difficulté. Un autre principe est celui de groupes d'auto-entraide : l'argent est prêté dans un groupe, ou chaque personne est autonome, mais si une de ces personnes échoue, le groupe ne pourra plus emprunter. Cela permet une assurance de réussite, car les gens sont obligés de s'entraider.
La solution, pour un développement plus rapide des pays défavorisés, serait justement d'allier ce type de financement à une formation par des professionnels étrangers, au sein d'organisations internationales. En clair, des financements plus importants seraient accordés à des coopératives locales, afin de bénéficier de moyens plus lourds,une formation serait assurée et une exigence de rentabilité serait imposée par le donneur en échange d'une part des bénéfices pendant un certain temps. Tout cela devant être réalisé en tenant compte des impératifs du développement durable.
L'idée directrice est que l'on doit pouvoir augmenter le niveau de vie dans les pays les plus pauvres sans nécessairement réduire celui des pays les plus riches, simplement en permettant à ces pays de profiter de nos avantages technologiques pour augmenter leur production. Il faudrait aussi essayer d'éviter à ces pays de connaître une phase de croissance trop importante basée sur l'exploitation déraisonnée des ressources planétaires.
Pour donner un exemple type : dans une région agricole pauvre, où la mécanisation n'est pas encore très répandue, et où les cultures souffrent de la sécheresse et de l'appauvrissement du sol, les paysans locaux seraient aidés à se réunir en coopérative, les terres ainsi réunies seraient gérées d'une manière à augmenter la rentabilité, et cela serait financé par l'organisme donneur.
Une part des bénéfices, ou de la production, serait reversée pendant une période donnée. Les financements servirons à acquérir des moyens permettant d'augmenter la production, comme l'achat de tracteurs, la construction de structures d'irrigation, etc. Parallèlement, les représentants de l'organisation pourront aider à la mise en place d'une agriculture durable, en définissant les priorités dans les investissements qu'elle réalisera, et promouvoir une agriculture raisonnée : utilisation d'énergies propres, récupération des déchets animaux, végétaux et humains pour produire des engrais et/ou de l'énergie, gestion viable de l'eau, rotation des cultures et utilisation de cultures complémentaires permettant de ne pas appauvrir le sol.
L'augmentation de cette production entraînera un enrichissement de la communauté, dont tous les paysans profiterons, ainsi que l'organisation qui a investi à l'intérieur. Ces bénéfices permettrons de financer d'autres projet, entraînants d'autres bénéfices, et d'engager du personnel compétent.
L'écoulement des produits pourra être favorisé par des investissements de même type avec des industries utilisants ces produits, ou par l'installation pure et simple de celles ci si elles n'existent pas. Des banques, mutuelles, circuits de distribution et d'exportation pourront ensuite être mises en place, et tout cela entraînera des avantages collatéraux.
Le personnel de l'organisation donneuse, pouvant se composer de quelques dizaines ou centaines de personnes seulement pour un pays, devra être minimal et présent uniquement pour contrôler son investissement, et assurer les formations nécessaire. Elle se désengagera ensuite au bout du temps défini dans le contrat d'origine.
Les principales différences avec le microcrédit sont donc la mutualisation des moyens, afin de permettre, par des économies d'échelle, d'être le plus rentable possible, et le maillage du territoire, permettant d'améliorer le rendement en améliorant les techniques. L'existence d'un réseau étendu favoriserait la rentabilité en permettant aux techniques de progresser, aux marchandises de s'échanger, et aux infrastructures de s'améliorer. Cela pourrait être assimilé à une forme de néocolonialisme, et c'en est une en quelque sorte, mais raisonné et à durée limitée, et dont le but serait d'assurer une rentabilité pour les deux acteurs, l'investisseur et le travailleur.
Ce type de modèle de développement, est principalement applicable aux pays très en retard, mais pourrait aussi être utilisé pour réduire les problèmes dans les pays plus développés : mise en place de structures d'agriculture respectueuse de l'environnement, réinsertion des détenus, réduction du chômage, développement des périphéries. Cela serait possible dans tous les cas où une rentabilité suffisante pourrait être assurée mais où un investissement important et une formation seraient nécessaires, cela ne pouvant pas être fait par des banques classiques.
Le problème vient du financement de départ. Je pensais qu'au lieu d'être assuré uniquement par des dons, il pourrait être fourni par des particuliers, sous forme de participation remboursables, qui serait un investissement sans pour autant constituer un achat d'actions (à condition que cela puisse être fait légalement bien sûr).
Dans l'idéal, avec un gouvernement engagé et des banques compréhensives, cela pourrait aussi être réalisé à partir d'un « livret épargne développement » dont la rentabilité ne serait pas forcement très importante, mais qui apporterait au moins aux « donateurs-investisseurs », l'assurance d'une bonne utilisation de leur argent.
Dans un idéal encore plus fort, ce type de livret deviendrait plus rentable encore, afin d'engranger le plus possible d'investissements, et ils seraient gérés par une organisation dépendant d'une structure internationale, Union Européenne, ONU, OCDE ou FMI par exemple.
Ce type de projet est certes difficile, mais pourrait tout à fait être réalisé par un chef d'état ou un ministre démocrate. En effet, ce modèle de développement, plutôt simple par son principe, est, à mon avis, totalement représentatif de la vision démocrate du monde : un développement durable et équitable, où la place donnée à l'humain en tant que personne serait maximale. En effet, à mon avis, le moyen de faire progresser une société et de commencer par les individus, et non de réaliser de grands investissements, qui sont nécessaires mais pas forcément prioritaires. En outre, cela pourrait représenter un levier pour une démocratisation et une stabilisation des pays les plus pauvres.
J'aimerais, afin de pouvoir améliorer ce modèle, que le plus grand nombre possible de personnes me donne son avis, ici ou sur les forums, afin de voir si cela pourrait donner un projet cohérent. De plus si d'autres personnes ont des idées sur le développement, n'hésitez pas à en discuter.
En guise de conclusion, voici quelques citation de Muhamad Younous, tirées de wikiquote, le site internet de citations de la wikiédia fondation (dont fait partie wikipédia).
Mon expérience au sein de Grameen m'a donné une foi inébranlable en la créativité des êtres humains. J'en suis venu à penser qu'ils ne sont pas nés pour souffrir de la faim et de la misère. … Je suis profondément convaincu que nous pouvons débarrasser le monde de la pauvreté si nous en avons la volonté.
Vers un monde sans pauvreté, Muhammad Yunus (trad. Olivier Ragasol Barbey et Ruth Alimi), éd. Jean Claude Lattès, 1997 (ISBN 978-2-253-12206-7), p. 13
Entreprendre, ce n'est somme toute rien d'autre qu'utiliser son courage et son désespoir pour faire bouger les choses.
Vers un monde sans pauvreté, Muhammad Yunus (trad. Olivier Ragasol Barbey et Ruth Alimi), éd. Jean Claude Lattès, 1997 (ISBN 978-2-253-12206-7), p. 206
Il se peut que Grameen représente pour l’Europe un concept trop étrange, qu’elle remette en cause trop d’idées préconçues et de façons de faire profondément ancrées dans les mentalités. Dans les pays développés, la plus grande difficulté est de lutter contre les ravages du système d’aide sociale.
Vers un monde sans pauvreté, Muhammad Yunus (trad. Olivier Ragasol Barbey et Ruth Alimi), éd. Jean Claude Lattès, 1997 (ISBN 978-2-253-12206-7), p. 279
L’idée qu’un être jeune doive travailler dur pour se rendre utile à un employeur me paraît tout à fait révoltante. … La vie humaine est trop précieuse pour qu’on la gâche ainsi à se préparer au marché du travail, pour passer ensuite sa vie entière au service d’un employeur.
Vers un monde sans pauvreté, Muhammad Yunus (trad. Olivier Ragasol Barbey et Ruth Alimi), éd. Jean Claude Lattès, 1997 (ISBN 978-2-253-12206-7), p. 346
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