La pomme de terre transgénique
Par vincent15 le samedi, mars 6 2010, 20:20 - Développement durable - Lien permanent
Je vous ai expliqué plusieurs fois ce que je pensais des OGM et je vous ai dit que je n’avais rien contre les OGM en général, mais beaucoup contre tous les OGM qui sortaient en ce moment. Ces OGM servent en général à promouvoir des pratiques agricoles nuisibles à l’environnement et c’est pour cela que je les rejette.
En ce qui concerne la pomme de terre conçue par BASF, qui fait la une des médias en ce moment, je pense que son autorisation ne pose qu’un seul problème. Je vous explique rapidement pourquoi.
La pomme de terre est un réserve d’énergie destinée à faire pousser de nouveaux plants après l’hiver. C’est la raison pour laquelle elle est si nutritive. Cette énergie est stockée sous forme d’amidon, c’est-à-dire de longues chaînes de glucose, le sucre le plus courant (on appelle en diététique ces polymères de sucre des sucres lents). Cet amidon est de deux types. Le premier est l’amylose, qui est une hélice de glucose et compose 30 % de la pomme de terre. Le second est l’amylopectine, qui a également une structure d’hélice, mais qui se ramifie tous les 20 ou 30 sucres et qui compose 70 % environ de la masse.
L’amylopectine est plus solide et peut être utilisé dans l’industrie, mais l’est peu actuellement à cause du coût de suppression de l’amylose. C’est cela que corrige la pomme de terre transgénique. Le gène qui code la production de l’amylose est réprimé (on ralentit la production), et la pomme de terre finale dispose de 98% d’amylopectine, taux équivalent à celui du maïs. La différence de type d’amidon ne change pas grand-chose au niveau gustatif, et ne pose aucun problème sanitaire.
Le seul problème de cette pomme de terre est qu’elle est résistante à un antibiotique, la kanamycine. Cette résistance n’a pas pour but de faciliter la culture en pulvérisant les antibiotiques, mais est due à la technique utilisée pour fabriquer les pommes de terres transgéniques. On utilise en effet une bactérie pour transporter le gène à l’intérieur de la pomme de terre et pour ne garder que les plantes portant le gène intéressant (ici le gène réprimant l’amylase), on y ajoute un gène de résistance à l’antibiotique. En mettant les bactéries dans l’antibiotique, seules celles qui portent le gène intéressant survivent, ce qui permet de faciliter la modification de la pomme de terre. C’est une technique courante que j’ai moi-même utilisé plusieurs fois. Si ce gène a été utilisé, c’est que la kanamycine n’est pas utilisée en médecine humaine, à cause des effets secondaires. BASF a donc estimé que ce n’était pas grave de le laisser dans la nature (d’autant plus qu’il est déjà présent chez des bactéries).
On peut tout de même estimer que la présence de ce gène est problématique, car après tout, un antibiotique est un antibiotique. Qui sait s’il ne peut pas être vital dans l’avenir ? Le disséminer pourrait conduire à faciliter son intégration dans des bactéries qui pourraient être dangereuses. C'est peu probable mais pourquoi prendre le risque ? Dans ce cas il suffit de demander à BASF de le supprimer, ce qui est possible sans gros problème. Une nouvelle pomme de terre transgénique arriverait dans un an ou deux et ça ne me poserait alors plus aucun problème. De plus l'industrie chimique n'a pas beaucoup d'autres choix que de se développer à partir des matières végétales, car le pétrole est en voie de disparition, et utiliser la pomme de terre, qui a une productivité exceptionnelle, ne semble pas être une mauvaise idée, tant qu'il reste de quoi manger à tout le monde, et que les pratiques agricoles sont correctes, ce qui sera difficile à adapter à des débouchés industriels je vous l'accorde.
Image : fleurs de pomme de terre









Commentaires
La vraie critique que l'on peut faire face à la mise au point de ces variétés 0GM,c'est le déficit de démocratie : plus de 80% des européens ne veulent pas des OGM. C'est pourtant facile à comprendre, nous ne voulons pas d'OGM, sauf à des fins de recherche et en milieu fermé.
Pourquoi ? La dissémination de ces nouveaux gènes est irréversible , oui vous avez bien lu ,c'est irréversible. Ces gens sont des irresponsables qui veulent prendre à notre place des décisions irréversibles. On nous dit qu'aujourd'hui il n'y a pas de risque...soit . Mais si demain un risque est avéré, il sera trop tard , ils diront qu'ils sont désolés ... et changeront de nom de société.
Il faudra qu'ils entendent un jour la voix de la démocratie : nous n'en voulons pas , comme nous avons refusé la viande aux hormones dans les années 70 en Europe, nous ne voulons pas des OGM