European_flag_outside_the_Commission.jpgAujourd'hui, comme le traité de Lisbonne a été accepté (bel exemple de démocratie soit dit en passant), les Européens se demandent quel type de président nous devons avoir pour l'Europe.

Moi je me demande une chose : avant de désigner un président, si on définissait enfin ce qu'est l'Union Européenne. À quoi doit elle servir ? Une fédération ou une confédération ? Un pays composé de plusieurs états membres, ou une alliance resserrée d'états indépendants. Dans le premier cas comment comptent ils faire avec douze nouveaux états membres qui ont seulement une vingtaine d'années d'indépendance réelle et qui ne veulent pas abandonner leur souveraineté tout de suite. Dans le second cas, comment vont ils faire pour que l'Europe ait une voix qui compte malgré les dissonances internes ? Quelle sera la voix de l'Europe ? Celle de la majorité des états membres ? Imaginez pour la guerre en Irak, aurait-il fallu que la France envoie ses troupes parce que la majorité de l'Europe le voulait ? Celle de son président ? C'est encore pire !

Pour que l'Europe ait une voix qui compte au niveau international, il faut aussi que celle-ci ait d'autres atout que son économie pour parlementer. La diplomatie c'est bien, l'argent aussi, mais si l'Europe veut vraiment compter au niveau international, il faudrait qu'elle puisse brandir d'autres menaces que le retrait de ses subventions. Une diplomatie Européenne a besoin d'une armée Européenne capable de constituer une force d'interposition et de persuasion. Et un président européen à besoin d'une diplomatie européenne pour épauler son action internationale.

Je vois tout de suite poindre les critiques de la part des souverainistes, mais avoir une armée Européenne efficace ne signifie pas forcément abandonner la souveraineté de la France. Dans un contexte confédéral, il suffirait d'imposer aux états membres (ou seulement à ceux souhaitant participer aux forces armées le cas échéant) de mettre en commun leur recherche, une partie de leur administration et imposer un effectif minimal aux armées nationales en fonction de leur population et/ou de leur PIB. L'armement européen a en effet beaucoup de retard sur les USA, un seul porte avion est opérationnel en Europe, le résultat des programmes concurrents Eurofighter / Rafale est une perte d'argent inutile, argent qui a beaucoup manqué au développement des drones européens. La force de frappe nucléaire Européenne est ridicule, alors que deux états membres siègent de manière permanente au conseil de sécurité de l'ONU. L'armée française est une des plus touchées par cette baisse d'efficacité. Seul un tiers des char Leclerc serait opérationnel, la France ne peut envoyer que deux hélicoptères en Afghanistan (bientôt dix certes), le coût du développement des frégates françaises n'est pas maîtrisé, et tout le monde se souvient des tribulations du porte avion Charles de Gaule. La mise en commun des développements d'armement pourrait réduire largement les coûts des armements nationaux et à budget égal, l'Europe pourrait avoir un armement bien plus important. Le budget militaire européen représente 40% de celui des USA, mais l'armement européen est loin d'être à la hauteur.

Un état major européen rassemblant les représentants des états majors des états membres, pourrait se charger d'harmoniser la présence militaire européenne à l'échelle internationale, en tenant compte des désirs des différents états membres. En ce qui concerne la diplomatie, elle a bien besoin d'être harmonisée elle aussi.

Une ambassade européenne par pays, en lieu et place de toutes les ambassades existant actuellement serait une bonne solution pour rationaliser la représentation internationale de l'union. Ces ambassades pourraient abriter un ambassadeur européen, une administration chargée de régler les problèmes des ressortissants des états membres et éventuellement un ambassadeur de chaque pays qui le souhaite. On n'obtiendrait ainsi aucune perte de présence au niveau mondial, on aurait un coût diminué et donc la possibilité pour chaque pays d'avoir une représentation internationale bien plus étendue.

Alors, je ne pense vraiment pas que le nom du futur président de l'union soit réellement important, tant que rien n'est fait pour que sa voix soit importante au niveau mondial. À l'intérieur de l'union, un tel président aura il vraiment une importance face au couple franco-allemand et aux tractations entre ministres ou commissaires ? J'en doute.