En tant qu'Ingénieur Territorial et informaticien, la découverte de la notion de développement durable a frappé tous mes sens :
Lorsqu'un ami, responsable d'une association de formation sur les notions environnementales m'a présenté le concept, j'ai tout de suite été séduit. Ce n'est qu'un petit peu plus tard que j'ai fait le parallèle avec une notion de l'informatique qui m'intéresse particulièrement pour de nombreuses raisons : Le Logiciel Libre.

On peut en effet considérer que le logiciel libre est le « développement durable » (dans le sens développement logiciel) appliqué au NTICs (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication). Pour le concevoir, nous devons changer notre état d’esprit quant à notre façon de consommer les logiciels et d’appréhender l’informatique en général, exactement comme nous devons modifier notre façon de consommer et de nous déplacer pour être davantage en accord avec une exploitation sur le long terme de nos ressources :

Une philosophie alternative :

Les logiciels libres se basent sur des standards reconnus, et progressent au rythme des demandes des utilisateurs et du travail commun des différents contributeurs, avec pour seul objectif celui de satisfaire l’intérêt du plus grand nombre. Leur code reste « ouvert » (c'est à dire lisible et modifiable) afin de laisser à tous la possibilité d’y apporter les modifications dont ils peuvent avoir besoin (ce qui contribue en parallèle à une sécurité accrue, les défauts pouvant être détectés et corrigés par tous). Ces modifications, grâce à un système de licences spécifique, peuvent ensuite profiter à de nouveaux utilisateurs, qui auraient des besoins similaires aux précédents. Nous nous approchons donc ici de la notion d'économie circulaire qui commence à émerger dans le monde du développement durable : on produit en tenant compte du recyclage qui pourra être fait du produit fabriqué, en tenant compte de l'ensemble des acteurs.

On est donc ici à l'opposé des solutions propriétaires, qui n’ont comme seul but pour leurs fournisseurs que de s’assurer un maximum de revenus en enfermant leurs clients dans une (inter-)dépendance vis-à-vis de leurs produits et des produits "voisins".

Adaptée aux collectivités locales :

En récapitulant de la façon suivante les avantages de l’Open-source, impossible de ne pas faire le parallèle avec les besoins de l’administration et des collectivités territoriales, même si certains points sont rarement évoqués ouvertement : - Indépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique, qui plus est étranger (pas de publicité ici), - Choix homogènes en vue de favoriser la mutualisation, l’interopérabilité et donc le partage entre administrations (administration électronique), - Possibilité d’adapter le logiciel à des besoins spécifiques (les collectivités possèdent toutes une base commune et des spécificités propres) - Opportunité de développer un tissu économique autour de ce concept (émergence récente des « SS2L », Sociétés de Service en Logiciels Libres) - Recherche du meilleur rapport coût/performance (la solution économiquement la plus favorable (même si l’idée d’utiliser des logiciels libres va bien plus loin que la simple volonté d’économiser le prix d’achat des licences)).

Linux et les logiciels libres semblent ainsi taillés sur mesure pour l’administration : coûts de propriété nuls, solutions orientées multi-utilisateurs, homogénéité des plateformes mais développement spécifique toujours possible, stabilité, performance, sécurité, et pour finir coûts en formation rentabilisés puisque le fonctionnaire qui restera dans l’administration et pourra (ré)utiliser tôt ou tard la compétence acquise.

Réaliste et accessible :

Il suffirait simplement qu’une directive d'état vienne « conseiller » l’utilisation des logiciels libres pour que ces derniers prennent enfin toute leur dimension pour notre administration : ils cesseraient alors d’être de simples « initiatives locales » pour devenir le centre de véritables projets collaboratifs inter-collectivités au service d’une cause unique : la satisfaction des besoins des citoyens et de l’administration au meilleur coût.

Cela est déjà le cas au Japon et en Australie, où la loi impose l’utilisation des logiciels libres partout où cela est possible. Plus proche de chez nous, la Mairie de Paris, la Direction Générale des Impôts, l’Assemblée Nationale, et bientôt la Mairie de Marseille auront effectué des migrations majeures vers les logiciels libres, preuve définitive de l’intérêt et de la viabilité de ce genre d’initiative.


L’investissement dans le logiciel libre constitue donc bien un investissement basé sur le long terme, radicalement opposé à une société de consommation où l’on « dépense » au lieu d’investir et où l’on « jette » au lieu de recycler. Et c'est notre administration, décentralisée de par la Constitution, qui est la plus à même d'exploiter et de promouvoir les qualités d'un développement logiciel durable et partagé, dans l'intérêt de tous.