Suite au retour des OGM sur la scène publique, je vous remet à jour un ancien sujet, traitant à la fois du clonage et des OGM, afin de clarifier les choses. Pour commencer posons les bases :

Tout être vivant est composé d'une ou plusieurs cellules. Chez les Procaryotes (bactérie par exemple), cet organisme n'a pas de noyau, et tous ses constituants sont mélangés, le matériel génétique également. Chez les Eucaryotes, il y a un noyau qui renferme l'information génétique, ce qui permet à l'organisme de pouvoir avoir plusieurs cellules différenciées (il existe des eucaryotes unicellulaire comme les levures). Les végétaux et les animaux sont des Eucaryotes.

Ce noyau contient des chromosomes (voir schéma ci-dessous) qui ne sont pas toujours sous cette forme condensée mais je vous passe les détails. Ces chromosomes sont constitués de brins d’ADN très condensés. L’ADN est la molécule qui porte l’information génétique. Elle est constituée de deux brins, portant des bases azotées. Vous pouvez en voir un bout sur le schéma mais en fait la molécule est bien plus longue que ça.

Uns des brins d'ADN est lu par des ribosomes, l'autre servant à la réplication. Le ribosome lit les bases par groupe de 3, appelés codons, chaque codon correspondant à un acide aminé. Ces acides aminés forment ensuite une protéine, ces protéines qui vont être utilisées pour fabriquer les cellules et pour faciliter les réactions biochimiques. Avec l’information génétique contenue dans notre ADN, on peut donc obtenir toutes les molécules de notre corps, directement ou indirectement. Chaque protéine est codée par un gène, c'est-à-dire une portion de la molécule d’ADN formant le chromosome. J’ai bien sûr sauté un grand nombre d’étapes intermédiaires qui n’était pas nécessaires à mon article.

cellule

Chez les eucaryotes, les cellules peuvent être différenciées, c'est à dire que même si elles ont des gènes identiques aux autres, leur fonction est différente. Chez les humains, la quasi totalité des cellules sont différenciées. Ainsi, des cellules de peau par exemple ont les mêmes gènes que les neurones, les cellules du foie etc. C'est la quantité de production de chaque gène qui entraîne ces différences.

Si vous avez suivi jusque là, vous en avez fini avec les concepts de biologie nécessaires à la compréhension de ces techniques.

Le clonage consiste à régénérer un individu entier à partir d’une cellule, pour cela il suffit de prélever une cellule non différenciée, puis de la placer dans des conditions favorables pour donner un individu entier. C'est facile pour les végétaux, et pratiqué depuis la nuit des temps (les boutures sont des clones) mais difficile pour les animaux (chez les mammifères, la cellule doit être placée dans un uterus). L’individu cloné sera identique à l’individu de départ, au niveau de son génome, mais de même que les cellules identiques forment différents tissus, deux clones peuvent être différents, par exemple au niveau du caractère du poids, de l'ossature, etc. même s'ils se ressemblent quand même beaucoup (les vrais jumeaux sont des clones).

Passons aux modifications génétiques. Il s’agit de modifier un gène, afin de modifier l'individu obtenu. Soit en changeant quelques bases, soit en remplaçant le gène par un autre, en le coupant ou en en insérant un entre deux autres.

Après modification génétique, on peut toujours séquencer la portion d'ADN, c'est-à-dire regarder la suite des bases, pour vérifier qu’il a bien été intégré là ou on le souhaite et sans endommager autre chose. On sait donc ce que l’on fait et taxer les scientifiques d’apprentis sorciers est un mauvais procès. Il faut ensuite régénérer un individu à partir de la cellule modifié et donc suivre les mêmes étapes que pour le clonage.

La fabrication d'OGM existe aussi naturellement, d'ailleurs nous sommes tous des OGM. En effet, un des moteurs de l'évolution est l'existence de mutations génétiques, c'est à dire de modification dans la séquence des bases ou dans les gènes. Elles sont dues au hasard mais peuvent être favorisées (par exemple par les cigarettes, les UV, les rayonnements radioactifs, etc. ).

Les mutations peuvent entraîner divers effets sur les cellules. Elles peuvent devenir cancéreuses, c'est à dire se diviser de façon anarchique et envahir des tissus qui devraient être occupés par d'autres, engendrer l'apparition de caractères qui seront transmis aux descendants (ce qui explique la diversité de notre espèce, couleurs de peau des yeux, résistances à des maladies diverses selon les individus), ou bien n'avoir absolument aucun effet.

A priori il n’y a donc aucun problème à diffuser et à commercialiser des OGM, ou des clones. Ce sont des individus normaux, mais qui n’ont pas été fait « naturellement ». Ceci s’apparente donc à ce qui a toujours été fait en matière de conception d’animaux et de végétaux adaptés à nos besoins, sauf que plutôt que de faire s’accoupler deux individus et de regarder si le descendant est bien comme on le souhaite, on travaille directement sur le génome, ce qui est plus sûr car on évite les variations non contrôlées en parallèle.

Un OGM n'est pas dangereux, du moins pas par sa nature, les mutations génétiques apportées ne sont pas contagieuses, les gènes n'étant pas capables de passer la barrière de l'intestin, ni celle des poumons, et sont très fragiles et très rapidement détruits.

En revanche un OGM peut être dangereux par son utilisation. Je vais donc vous donner différentes utilisations possibles de cette technique.


D’une part, la production d’une protéine purement esthétique : remplacement d’un pigment par un autre par exemple, c’est inutile, mais sans danger. Des poissons fluorescents ont ainsi été crées pour les aquariophiles.


Les OGM peuvent faire produire aux un pesticide. C'est utile (enfin d’après les agronomes) mais très dangereux. Un insecticide est fait pour tuer des insectes, eucaryotes comme nous. En général son ingestion n’est pas recommandée, car elle aurait des effets sur nous puisque nous sommes eucaryotes. Dans le cas du pesticide (ou d’un antifungique) c’est pareil mais avec des plantes (ou des champignons). Leur utilité disparaît après quelques générations car les insectes (ou autres), qui sont, à cause d'une particularité quelconque, résistants vont commencer à se répandre et vont ravager les cultures. Une autres technique similaire est de rendre la plante résistante aux pesticides, puis de libérer les pesticides pour détruire les nuisibles. C’est le cas du fameux maïs monsanto. Les problèmes sanitaires sont ici très probables.


Ils peuvent servir à produire un antibiotique, dans ce cas, on tue des bactéries. Les bactéries sont procaryotes elles n’ont pas de noyau. Les antibiotiques utilisent ce fait pour tuer des bactéries sans nous nuire en détruisant le matériel génétique des bactéries sans passer les barrières du noyau. Elles ne devraient donc pas tuer d'humains, mais peuvent avoir d'autres effets indésirables. Et puis « les antibiotiques c’est pas automatique », et leur utilisation doit être raisonnée, sous peine de voir apparaître des résistances. L'utilisation d'antibiotique de manière généralisées est donc à proscrire, que ce soit sous forme d'OGM ou dans les aliments.

Ils peuvent ensuite entraîner la résistance à un nuisible : par exemple, une espèce de chenilles qui ne pourraient plus dévorer les feuilles pour une raison x ou y. Dans ce cas un autre nuisible prendrais rapidement sa place.


Ensuite il peut être fait des OGM pour pallier à un manque, par exemple une modification sur un embryon diabétique pourrait guérir le diabète. Mais la technique n’en est pas encore là, et la question éthique sur les manipulations humaines est encore à régler. On peut encore faire produire par une plante ou une bactérie d’une protéine d’intérêt, comme de l’insuline, de l’hormone de croissance etc. Dans ce cas une dissémination n’est pas souhaitable, mais les protéines sont connues et ne présentent pas de danger. Il suffit donc de cultiver ces espèces sous serre, pour ne pas avoir de problèmes.

Enfin probablement ce qui serait le plus utile, mais aussi à prendre avec le plus de pincettes, on peut produire des plantes sur mesure. Par exemple des plantes adaptées aux climats arides pouvant contrer l’avancée du Sahara en créant un écosystème favorable à d’autres plantes. Ce serait une manipulation lourde, de la vraie ingénierie du vivant, mais ô combien encourageante. Là évidemment, de très nombreuses études devraient être réalisées, pour ne pas voir une explosion de cette plante sur la surface terrestre (quoique cela montrerais qu’elle est vraiment résistante). Dans ce cas, il vaudrait mieux prévoir une faille dans l’organisme, pour pouvoir le détruire en cas de problème. On peut de même imaginer une plante capable de proliférer sur d’autres planètes, ou d’autres projets aussi fous qu’ambitieux.
Plus près de nous, on peut très bien imaginer rendre comestibles par l’homme des plantes qui ne le sont pas, mais là aussi il faudrait réfléchir à ne pas produire une explosion de nuisibles.

J'ai essayé d'être le plus complet possible sans vous assommer de détails techniques. Pour conclure je voudrais vous demander de ne pas faire d’amalgame entre les OGM en général, et leur utilisation abusive dans l'agriculture intensive, qui elle n'apporte pas grand chose. Les OGM sont des organismes crées par une technique, l’utilisation de cette technique ne pose aucun problème sanitaire, ils sont assimilés de même manière que tout le reste, ils ne sont pas plus dangereux, et ne vont pas non plus s’intégrer de manière incontrôlée dans tout ce qui les touche. En revanche certains OGM peuvent représenter un danger sanitaire, ou environnemental. D’autres n’ont par leur nature, pas vocation à être utilisés autrement qu’en laboratoire, et d’autres encore pourraient constituer une avancée majeure pour tous.
 Donc oui aux OGM, vive la recherche en génétique, mais seulement les OGM vraiment utiles sur le très long terme.

N.B. : il existe des particularités dans les techniques utilisées pour modifier génétiquement les plantes, les animaux ou les bactéries. Tout ce que je vous ai dis n’est que général et il existe certaines particularités qui font que les plantes et certaines bactéries qui les parasitent peuvent s’échanger des gènes. Sachez néanmoins que cela est naturel, et que c’est techniquement trop complexe pour avoir sa place ici. Il faut donc être particulièrement précautionneux avec les plantes et les bactéries, mais cela reste assez rare.